La bande dessinée Watchmen
Douze minutes avant minuit sur l'horloge de l'apocalypse nucléaire.
Vendredi soir, le Comédien, agent numéro un du gouvernement
américain depuis quarante ans, est mort à New York. Qui a assassiné
cet ancien membre des Gardiens ? Un groupe de super-héros
aujourd'hui dissous ? Et pourquoi ? Mu par un terrible soupçon,
Rorschach, le détective psychotique, contacte ses ex-partenaires :
un " tueur de masques " est après eux. Alors commence une traque
sans pitié, où chacun apportera sa pièce du puzzle pour révéler peu
à peu l'inimaginable vérité... Tandis qu'inexorablement les
aiguilles se rapprochent de minuit.
Le titre
Le titre est un jeu de mots sur le double sens du mot anglais
« watch ». En tant que verbe, il signifie regarder, surveiller,
mais désigne également une montre, en tant que nom.
Il constitue également une référence à la locution latine « Quis
custodiet ipsos custodes? » (Qui garde les gardiens eux-mêmes ?),
extraite d'une Satire de Juvénal. On retrouve sa traduction en
anglais « Who watches the watchmen ? » dessinée sur les murs dans
quelques images de cette bande dessinée, la légitimité des
super-héros à faire régner l'ordre ayant été remise en cause au
cours des années précédentes.
L'horloge
L’horloge : ainsi le récit se divise en 12 chapitres qui s'ouvrent
à chaque fois sur une horloge qui s'approche de minuit. On retrouve
régulièrement dans le récit cette image du temps qui avance
inexorablement vers la fin du monde, notamment par l'introduction
récurrente de la tache de sang en forme d'aiguille d'horloge que
l'on retrouve sur le smiley de la couverture.
Super ? Héro
On peut qualifier cette série d'histoire de « super-héros réalistes ». En effet, à part le Dr Manhattan, issu d’une expérience qui a mal tournée dans un laboratoire, aucun des protagonistes ne disposent réellement de superpouvoirs. Ici, les supers-héros vieillissent, connaissent la corruption, le doute, la folie et la dépression.
Plusieurs histoires en une
En plus de raconter l’histoire des Watchmen, le récit s'attarde sur
quelques personnages secondaires dont les vies personnelles sont
mises en perspective avec l'histoire complète. Une des grandes
qualités du scénario réside précisément dans cet entremêlement des
histoires, des vies et des destins : le lecteur est fréquemment
renvoyé à des événements du passé qui peu à peu éclairent la
situation présente, par touches successives.
On se retrouve même à lire deux comics en même temps, car
Alan Moore parvient à glisser au coeur de sa narration, et
parallèlement à celle-ci, une histoire de pirates que lit
assidûment un personnage secondaire. L'album est également
entrecoupé de plusieurs pages de documents écrits issus de l'univers
des Watchmen. Articles de journaux, longs passages du journal intime
de l'un des personnages, ces documents ne servent pas directement
l'intrigue du récit mais permettent de donner une profondeur à
l'univers des Watchmen.
Palindrome
Un palindrome est un texte dont l'ordre des lettres reste le même
qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche. L'oeuvre est
graphiquement très riche, comportant un grand nombre d'éléments
faisant écho aux dialogues et à l'histoire.
L'un des chapitres consacré à Rorschach est ainsi construit comme
un palindrome, la première page fait écho à la dernière, que ce soit
sur le thème, la mise en page ou les personnages mis en image. Ce
palindrome dont la page centrale est une scène d'action, reproduit
les motifs symétriques et toujours changeants du masque de
Rorschach, du nom du test.
Récompense
Cette série a été éditée par DC Comics à partir de 1986. Elle a obtenu un franc succès critique, qui s'est traduit par l'obtention du prix Hugo, décerné pour la première fois à une bande dessinée,` ainsi que par le prix du meilleur album étranger au festival d'Angoulême en 1989. Elle a par ailleurs été classée par le journal américain Time parmi les 100 meilleurs romans en langue anglaise depuis 1923.
Thème centrale
Le thème central, symbolisé par un smiley qui revient de façon
récurrente dans l'album, est le sens de la vie dans le chaos de
l'univers. Un visage de smiley taché de sang est une image
récurrente dans l'histoire, apparaissant sous diverses formes. Dans
le « Système des Comics », Thierry Groensteen a décrit le symbole
comme un motif récurrent qui produit "le rythme et des
configurations remarquables" en apparaissant dans les segments clefs
de la BD, notamment dans les premières et dernières pages de la
série. Groensteen le cite comme une forme circulaire qui apparaît
partout dans l'histoire, comme "un motif géométrique récurrent" et
ce, en raison de ses connotations symboliques. Gibbons a créé un
insigne de visage de smiley comme un élément du costume du Comédien
pour "éclairer" la conception complète, ajoutant plus tard une tache
de sang à celui-ci, pour impliquer son meurtre. Gibbons a dit que
« les créateurs sont venus à considérer le visage de smiley taché de
sang comme "un symbole pour la série entière" » en notant sa
ressemblance avec la marque de l'horloge avançant vers minuit.
Moore s'est inspiré des tests psychologiques behavioristes,
expliquant que ceux-ci avaient présenté le visage comme "un symbole
de complète innocence". En additionnant une tache de sang sur
l'oeil, la signification du visage a été changée pour devenir
simultanément radical et assez simple pour la couverture de la
première publication des Watchmen pour éviter le détail humain. Bien
que la plupart des évocations de l'image centrale aient été créées
exprès, d'autres étaient des coïncidences. Moore a mentionné en
particulier que "les petites touches d’étincelles sur les bouches
d'incendie, si vous les mettez sens dessus dessous, vous découvrirez
un petit visage de smiley".
D'autres symboles, images et allusions qui sont apparus partout dans
la série apparaissaient souvent inopinément. Moore a mentionné que "
la principale chose avec des Gardiens vient de ces petites choses
synchronisées surgissant un peu partout". Gibbons a noté qu'un thème
fortuit contrastait le mondain et le romantique.
Dans un livre sur les cratères et les rochers de Mars, Gibbons a
découvert une photographie du cratère Galle, qui ressemble à un
visage heureux, qu'ils ont travaillé pour la BD.